dimanche 19 février 2017

Benkirane entre soumission et crise



                Le plus beau pays du monde vit sans gouvernement depuis presque cinq mois. Plus de blagues à la Benkirane ni de ministres empêtrés dans des scandales pour ce havre de stabilité. Certes gouverner est la chose que fait le moins un gouvernement marocain, mais nous restons dans la nécessité d’en avoir un qui illustrera notre exception démocratique et servira de pare-choc à la monarchie. Retraçons les péripéties et cherchons le pourquoi de ce désert gouvernemental.

Acte 1 : Après un mandat tumultueux rythmé par des réformes impopulaires, le PJD est sacré vainqueur des élections législatives. En faisant fi du taux de participation, des inscrits aux listes ainsi que du système électoral, le compte des voix assure que le PJD a réussi une razzia en empochant 50% de voix de plus par rapport à son précédent score. Certes le jeu des élections est loin d’être parfait et recèle maintes défaillances, mais la victoire électorale et politique est là. Benkirane a été le maître artisan de celle-ci avec son franc-parler et ses diatribes acerbes à l’égard de ses adversaires. La percée du PAM a été aussi fulgurante, mais il est resté deuxième. C’est un échec cuisant pour le makhzen. Veni, vedi, vici Benkirane jusqu’à présent.


Acte 2 : Nabil Ben Abdellah « est recadré » par le cabinet royal pour des déclarations sur l’implication du sérail dans la genèse du PAM, un secret de polichinelle pour le néophyte de la politique marocaine … Malgré cela, son parti le soutient et affirme habilement qu’il assume les propos de son secrétaire général et qu’il tient à son indépendance. Bref, le PPS ne s’est pas agenouillé. L’opposé de ce libre arbitre politique se produira chez le RNI. Ce parti récidive et change de leader du jour au lendemain. Veuillez applaudir l’entrée sur scène de votre nouveau chef de troupe, le milliardaire et grand rouage du makhzen, Monsieur Aziz Akhenouch. Doit-on rappeler qu’il avait démissionné de ce parti cinq ans auparavant.


Acte 3 : Devenir le chef de gouvernement de facto, c’est la mission d’Akhenouch. Traînant derrière lui le MP, l’UC et l’USFP il s’est arrogé le rôle du négociateur tandis que le PAM est resté dans l’ombre jusqu’à nouvel ordre. Depuis les déclarations fusent. Tel un couple de pubères amoureux, Benkirane s’échange avec Akhenouch des : « je t’aime, moi non plus »,  « Ce gouvernement ne verra plus le jour», « On pourra y arriver Akhenouch, mais reviens de ta virée en Afrique !», « Je vais le dire au roi, j’en peux plus », « Je boude dans ma baraque et j’attends de nouveau Akhenouch », « Agharass Agharass », « Je veux l’USFP, moi j’en veux pas ! ».  Une stichomythie qui ne tarit pas depuis …


Acte 4 : « Je ne tolérerai aucune tentative de s’en écarter » affirma le discours royal depuis Dakar en parlant des critères que veut le roi pour ses ministres. Le ton est donné, à la fin c’est le gouvernement de sa Majesté (l’opposition lui appartient aussi selon Driss Lachgar). Vint ensuite une visite du cabinet royal … sans résultat. Stop, arrêtez tout ! Des instructions royales viennent de tomber, on adhère de nouveau à l’Union Africaine. Que tout le monde s’exécute, et vite ! On a besoin d’un président du parlement. Qui sera l’heureux élu faute de majorité ? Le sixième parti qui a eu vingt des 395 sièges évidemment ! On est au Maroc et c’est l’intérêt suprême de la nation qui est en jeu après tout. Au passage, a-t-on demandé au peuple s’il voulait ou non y adhérer à cette union ? Lui a-t-on demandé s’il voulait en sortir déjà ? Non ? Alors ferme là.


Acte 5 :

·         Acteurs :

o    Benkirane, chef de gouvernement malgré lui.

o    Akhenouch, émissaire du makhzen.

o    MP, UC, USFP valets de l’émissaire.

o    Le PAM, il guette dans l’ombre.

·         La scène : Le plus beau pays du monde.

·         L’enjeu : Un pas en avant ou en arrière pour la démocratie.

·         Les événements se dérouleront dans les jours qui viennent …



Vous me direz qu’il manque un prologue. On l’a vécu durant cinq ans, c’était le dernier mandat. Le PJD a offert trop de concessions pour une confiance du palais. Il ne l’aura jamais. Quoi qu’ils fassent, les indicateurs montrent que le vrai pouvoir ne veut pas des islamistes. Même pour faire de la figuration.


Sauf un Deux Ex Machina, l’épilogue de cette mascarade sera une soumission totale de Benkirane au choix de la monarchie, c’est le scénario le plus envisageable pour le dramaturge du Maroc. L’autre fin est une crise politique. L’Histoire l’a toujours dicté, le peuple n’arrive à arracher les pouvoirs d’une monarchie qu’après une crise. Entre temps et dans les coulisses de ce spectacle, on aura toujours des écoles délabrées, des hôpitaux funèbres et un peuple qu’on écrase dans des bennes à ordures.


mercredi 14 janvier 2015

Le terrorisme à la lumière du sacré



La peinture et la sculpture ont été historiquement des arts méconnus pour la civilisation islamique. Michel-Ange a donné naissance à la Création d’Adam et à la statue de David qui restent des œuvres religieuses magistrales en occident, mais sans égal auprès des musulmans. C’est à cause de certains Hadiths que la représentation picturale a été bannie, et ce peu importe son sujet. Lorsque cet aniconisme est brisé par la caricature du prophète, nul doute que cela suscitera de l’émotion auprès d’une large frange de musulmans. Certains terroristes se réclamant de cette religion sont ainsi passés à un acte des plus abjectes pour « venger le prophète ».

Revenons en arrière. En 2005, Moustapha Akkad, réalisateur du péplum islamique « Le Message » a été victime d’attentats terroristes. Son film traitait de la vie du prophète sans pour autant le représenter. C’est pour avoir chanté un verset coranique que Marcel Khalife a été poursuivi maintes fois en justice. Non seulement pour les arts, mais la censure par la terreur est également monnaie courante auprès des journalistes et écrivains : « Les Enfants de notre quartier », œuvre du prix Nobel Naguib Mahfouz a été censurée pour son contenu jugé blasphématoire, son auteur fut déclaré mécréant puis poignardé par des zélés. Faraj Foda, penseur égyptien laïque a été assassiné par un fanatique analphabète pour avoir osé porter un autre regard sur l’islam et son histoire. Plus récemment encore, la Mauritanie a connu des manifestations appelant à l’exécution d’un trentenaire. Son avocat l’a abandonné et le concerné a écopé de la peine capitale. Cause : « Lèse-prophète » dans un article. Dernière affaire avec le cas du saoudien Raif Badawi : 1000 coups de fouet et 10 ans de prison suite à des accusations de blasphème et d’apostasie.

        Voilà ce que le sacré a amené. D’ailleurs dès qu’un réformateur s’y attaque, il est pourchassé, déclaré mécréant et son discours est banni. Depuis Averroès au 12ème siècle, l’islam peine à trouver un réformateur rationnel et influent qui puisse s’attaquer à ses totems. Le cercle du sacré ne cesse de s’agrandir : Dieu, le coran, le prophète, ses épouses, ses compagnons … Hassan II avait même constitutionnalisé la sacralité de sa personne en tant que « commandeur des croyants » ! À la tentative de désacraliser cette foule, un islam de réaction ressurgit et les fous d’Allah se proclament défenseurs du divin et de sa religion.

        Pourquoi donc ? Prenons l’exemple du monde arabo-musulman. Il souffre d’un taux effrayant d’analphabétisme  avoisinant les 40% au Maroc. Moins d’une dizaine de minutes est consacrée annuellement à la lecture dans ces pays. Ses penseurs, écrivains et élites se font de plus en plus rares. La liberté d’expression y est un mythe et ses gouverneurs restent des tyrans et des présidents à vie, même si son unique démocratie naissante est la Tunisie. Ajoutez à cela de la précarité et du chômage et vous obtiendrez un terrain fertile pour les prédicateurs monopolisant l'exégèse du texte religieux à leur guise. Là réside le danger. Jeunes et moins jeunes seront ainsi galvanisés pour devenir terroristes visant leurs propres pays – disciples de l’EI – ou s’attaquant à l’occident.

        Ajoutez à cela que le wahhabisme dilapide des pétrodollars dans tous les sens pour empêcher une sérieuse réforme de cette religion. Le malheur des pays arabo-musulmans réside dans cette manne pétrolière et son influence. Les individus sont ainsi asservis, mutilés, décapités, fouettés et pourchassés au nom de l’islam. Que ces mesures fassent partie intégrante ou non de l’islam, elles n’ont plus lieu d’être en ces temps.

      Il faut admettre que l’islam d’aujourd’hui a un problème. Les leitmotivs « L’islam est la solution » et « L’islam est valable à toute époque et à tout endroit » sont des fantaisies et des délires. Il est vrai que l’occident, au nom de la realpolitik et pour ces intérêts profite de cette situation, mais si les rôles étaient inversés, nous n’hésiterons guère à faire de même, voire pire … Invoquer « le juif » et ses complots comme cause première de tous nos malheurs est une manœuvre de lâches. N’est manipulé et n’est vaincu que le faible, l’illettré et l’indigne. Même si complot il y a, en être la victime ne manifeste que l’abattement du monde arabo-musulman.

       En occident, l’acculturation ratée et l’islamophobie alimentée par l’extrême droite peuvent donner naissance au terrorisme : les français Kouachi et Coulibaly en sont l’exemple. Oui, la responsabilité incombe également à l’occident dans cette montée du terrorisme. Mais les cas cités au tout début illustrent que nous possédons des germes non saines au sein de notre société : certains ont cautionné ces actes barbares et d’autres font l’apologie de l’état islamique et des terroristes. Même en catimini. Résultat ? Charlie Hebdo sortira à 5 millions d’exemplaires, sera traduit en 14 langues, distribué aux quatre coins du globe et l’islam a pris encore une fois un sacré coup. Qu’on veuille l’admettre ou non. Est-ce là une victoire ? J’en doute.

       Les musulmans sont amenés plus que jamais à réformer leur religion et à prendre leurs responsabilités. Le texte religieux doit impérativement être désacralisé, décortiqué et soumis à un nouvel averroïsme rationnel. Le Relire, voire en délaisser certaines composantes est une obligation, pas un choix. L’ignorance sacrée érigée par les prédicateurs a longuement duré, il est temps qu’elle cesse. Car en fin de compte, Le coran ne reste que le miroir de son lecteur.

PS : Cet article a été choisi par la rédaction de MediaPart pour figurer dans la section Révolutions dans le monde arabe.

jeudi 18 septembre 2014

Tout appartient à « Sa Majesté »



        Il y a belle lurette qu’on savait que l’espace politique marocain est une risée. Rien de plus beau pour illustrer cela que d’inviter les « leaders » du gouvernement et de l’opposition sur le plateau d’une émission pour converser de la rentrée politique, à supposer qu’il y a déjà politique ... Mais rien ne prédestinait cette rencontre à nous pondre un leitmotiv qui restera marqué dans nos esprits. Dans une joute verbale aussi intense que ridicule, les deux parties scandaient à haute voix : « Nous sommes le gouvernement de sa majesté », « Mais nous aussi, nous sommes l’opposition de sa majesté ».

        On savait d’ores et déjà que le roi du Maroc est l’un des rois les plus riches de la planète et le plus riche du continent. On savait qu’à côté de cette immense richesse matérielle, le roi accumulait l’essentiel des pouvoirs du pays et que cette union illicite entre richesse et pouvoir ne ferait que freiner le développement du pays. Mais ce que j’ai découvert hier, c’est que le roi possédait un immense capital immatériel. Oui, nulle peine que Nizar Baraka et son conseil économique et social, pardon : le conseil de « sa majesté » mène l’enquête sur la richesse.

        Une classe politique qui se prosterne durant toute l’année et se met à l’exercice physique durant la fête de l’allégeance, un patronat prêt à servir corps et âme sa majesté, une armée de pseudo-intellectuels et de technocrates arrivistes à la solde de sa majesté, des artistes chantant les louanges de sa majesté, des journalistes et des scribes rapportant le moindre mouvement de sa majesté et surtout, des sujets qui ne rêvent que de baiser la main de sa majesté. Tous, sans exception, appartiennent à « Sa Majesté ». Même les nihilistes et les damnés qui ne veulent appartenir à « Sa Majesté », sont la proie de ses fanatiques jusqu’à ce qu’ils redeviennent  sages ou qu’ils meurent dans l’indifférence.

        Y a-t-il une personne sur Terre possédant un capital immatériel aussi immense que cela ? J’en doute. Cela n’aurait pas pu s’accomplir sans l’acquiescement des marocains. Oui, les marocains dans leur majorité admettent cette situation, l’acceptent et certains en sont même fiers. Ce culte de la personnalité entourant la monarchie ne peut se cultiver sans adeptes. Même avec la propagande la plus rodée et le despotisme masqué le plus abouti, cette situation exige un consentement aussi implicite qu’il soit du peuple qui y est assujetti. C’est ce consentement et cette abnégation crédule qui pousse des « leaders » de partis politiques à s’exercer à cette mascarade sans dignité en direct sur une des émissions les plus suivies du royaume … de « Sa Majesté ».

        Et d’après plusieurs indices, cette richesse matérielle ainsi qu’immatérielle n’est vouée qu’à croitre et augmenter durant les années qui suivent. D’ici là, ceux qui rêvent de temps meilleurs, n’ont qu’à changer de cieux ou rire de notre détresse dans le pays où tout appartient ou se laisse appartenir à « Sa Majesté ».

PS : Ce blog, jusqu’à l’écriture de cet article, n’appartient pas à « Sa Majesté ».

lundi 14 juillet 2014

Le marocain est-il une merde ?

 
                Dans le plus beau pays du monde, des immeubles de la plus grande agglomération du pays se sont effondrés. Jusqu’à vendredi soir, une des sinistrés appelait ses proches pour demander la rescousse. Des sapeurs-pompiers effectuaient une « tentative de sauvetage » avec des moyens quasi-rudimentaires … Entre-temps, plusieurs témoins rapportaient l’inefficacité et l’inexpérience de l’effectif déployé pour le sauvetage. Rappelons que durant ces dernières semaines les pompiers espagnols de Melilla sont intervenus DEUX fois pour éteindre des incendies sur le territoire marocain. Ce n’étaient que trois immeubles et deux incendies, si un séisme s’abattait sur Casablanca, je vous épargne l’horreur.

                Continuons. Selon un rapport du CMDH l’immeuble qui était auparavant un R+1 est devenu au fur des années un R+5 et le propriétaire, féru de refaire la décoration, enlève une poutre. Juste après un clown-prédicateur nommé Ennahari attribue la cause de ce désastre au manquement à l’appel du muezzin, tout ceci avec un sourire nauséabond au visage.

          Cerise sur le gâteau : Dans l’énième épisode de la série « cherchons le bouc-émissaire », le premier responsable arrêté s’est avéré être … un maçon. Le voilà votre criminel, qui est accessoirement le maillon le plus faible de la chaîne. Gobez-ça et fermez-là pour de bon.

                Dans un pays qui se respecte, tout un tabac aurait éclaté pour ce scénario ubuesque. Mais ici, tout n’est qu’un autre épisode dans une autre série : « le marocain est-il une merde ? ». Preuve dans ce qui suit.

                Une année auparavant, un pédophile en série a été gracié. Des citoyens sont sortis manifester, ils ont goûté à l'égalité de la matraque. Le ministre de l’intérieur est dès lors sorti déclarer ne pas être au courant ce cette répression sauvage et ordonne l’ouverture d’une enquête. Depuis lors, avez-vous entendu parler de cette enquête ? Non. Ce qu’on a fait, c’est qu’on a accusé un des journalistes ayant suivi l’affaire d’apologie au terrorisme. Son procès ? Toujours en attente … À quoi bon sert une merde, si ce n’est qu’à être tabassée ?

                Dans quelques jours, on assistera une année de plus à la cérémonie des invertébrés. Un florilège de baisemain et de prosternation bien ancré dans notre patrimoine pour fêter ce qu’on dénomme « la fête du trône ». À quoi bon sert une merde, si ce n’est à se prosterner ?

                Ajoutez à cela que le Maroc est l’un des pays les plus taxés au niveau mondial. Qui dit taxes, dit qualité du service public. Au-delà du service de la protection civile, peut-on compter les exactions commises par la police à l’égard des marocains ? Peut-on compter les médiocres fonctionnaires assis dans les bureaux des administrations exigeant des pots-de-vin à tort et à travers ? Peut-on compter l’argent dilapidé dans un « Maroc Vert », une INDH ou un énième plan de sauvetage de l’enseignement sans réel impact ? Cela ne vous suffit pas ? Payez plus pour l’essence, payez plus pour vos denrées et payez pour vous inscrire aux capharnaüms qu’on appelle universités. À quoi bon sert une merde, si ce n’est à donner son argent aux corrompus ?

                Vous avez une femme enceinte ? Emmenez-là dans un hôpital public et vous avez de bonnes chances qu’elle accouche à ses portes. Si vous habitez une zone rurale enclavée, priez pour qu’elle ne meure pas avec sa progéniture. Si tout se passe bien, elle sera entassée comme une sardine dans un hôpital du royaume chérifien. Une opération ? Payez avant que le bistouri ne touche votre peau et priez pour sortir vivant après être passé sur le billard. Depuis quand une merde se soigne-t-elle ?

                Terminons ceci avec le sport national du marocain : le dénigrement de son compatriote. « Bouzebal », sauvage, illettré … Les adjectifs foisonnent et les marocains se les échangent à volonté. On essaie de fuir et de chasser celui qui nous est « socialement inférieur » et on s’attache au riche et au puissant. Une sublime manifestation du pilier de la société marocaine : « L’Hogra ». Le marocain est-il sadique ou est-ce une catharsis de son impuissance ?

                En fin de compte, qu'est-ce que le marocain ? Je ne sais pas, à vous de me le dire.