vendredi 31 mars 2017

Gagner les élections et perdre la face

            Les péripéties des tractations gouvernementales vont bientôt s’achever. Benkirane évincé, son successeur a pris moins de deux semaines pour s’afficher avec les ténors de sa future majorité. C’est ainsi qu’Akhannouch aura finalement triomphé et formé son gouvernement avec un leader du PJD en guise de pantin. Du haut de son pupitre, et après avoir été honoré par la nomination royale selon ses propres dires, El Othmani annonçait sa réussite à constituer une majorité . Mais grâce au sourire narquois du chef du RNI qui gisait derrière lui, on pouvait facilement reconnaître l’enjeu de la situation : L’humiliation suprême du PJD et rappeler à ce parti que ce n’est pas les urnes qui comptent, mais c'est la volonté du makhzen qui triomphe.

On s’attendait à ce que le PJD se résigne, mais pas à cette vitesse ahurissante. Le limogeage de Benkirane est passé quasiment sous silence et en moins de quarante-huit heures on commençait d'ores et déjà à chanter les vertus d’El Othmani. Celui même qu’on a chassé des affaires étrangères quelques mois auparavant. Un certain communiqué du PJD affirmait ensuite que les prochaines négociations continueraient sous les mêmes conditions que celles fixées par Benkirane. Rien de cela n’a vu le jour. En dix jours à peine a-t-on résolu ce qui a duré cinq mois et le fameux USFP fut intégré à la majorité. C’est l’effet des hautes instructions royales dira-t-on …

Rien qu’à voir comment il s’est constitué, on saura que le prochain gouvernement sera difforme, immonde et inefficace. Son supposé chef est dépassé, on ne l’entend guère et il digère concession après concession. Ses futures directives risquent de n’avoir aucune crédibilité … Ne citons même pas les fameux ministères régaliens où l’on verra des technocrates ou la garde rapprochée du makhzen … Bref, on gagnera des ministres en carton dont les comptes en banque fleuriront. Ils seront là pour applaudir les inaugurations du monarque et serviront à alimenter les le contenu des réseaux sociaux. Tout cela aux frais du contribuable et au détriment de tout un pays.

On répétera que le Maroc est havre de stabilité et de paix grâce à la cohabitation de la monarchie et des islamistes, on chantera notre attractivité pour les capitaux et les investissements et on continuera de louer nos beaux palmiers et nos merveilleuses plages sur flyers et spots touristiques. Mais le diable est dans les détails. Suffit-il de fouiller un peu et on s’apercevra de l’atroce réalité : Le seul parti vainqueur de ces élections est celui qui gagne toujours depuis l’indépendance. C’est la monarchie. Que cela passe par des émissaires du sérail qui créent des partis à la vitesse de la lumière, par l’ingérence dans le processus électoral ou par la balkanisation des partis, la monarchie a toujours régné et gouverné. Les têtes du makhzen verront leurs fortunes doubler et le peuple encaissera les résultats du chômage et de l’économie stagnante.

À y voir de plus près, depuis soixante ans on ne fait que répéter un cycle. Un parti émerge, se construit une crédibilité, gagne les élections, accepte toutes les concessions, digère toutes les humiliations, perd la face et puis en vient un autre. Ce dont on a besoin ce n’est pas de béni-oui-oui au nom de l’intérêt de la nation, mais de politiciens capables de dire non. Non, je refuse l’humiliation. Non, je ne suis pas un pantin et j’ai un programme que j’ai promis à mes électeurs. Non, j’ai une dignité. Est-ce trop demander dans le Maroc de 2017 ?

1 commentaire:

  1. Le PJD est un allié ojectif du Makhzen. Il est créé par le Makhzen et il n'a de comptes à rendre qu'au Makhzen, d'ailleurs comme la majorité de nos batards partis politiques. Hassan2 avait l'habitude de dire" je suis le père des nos partis politiques. Je me demande, toujours, avec qu'elle pute il les a enfantés.

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