lundi 13 août 2012

Les médailles sont ailleurs



75 sportifs marocains, 128 millions de dirhams, un tollé médiatique avant le départ, des stars du dopage et … une seule et unique médaille de bronze. C’est le bilan du Maroc au sein de la 30ème édition des jeux olympiques d’été organisée à Londres et qui vient tout juste de prendre fin.

Les jeux olympiques de cet été étaient splendides, l’organisation était parfaite, l’infrastructure éblouissante et les performances historiques. Si le Maroc a su se démarquer durant les précédentes éditions avec des champions tels Aouita, El Moutawakkil, Boutayeb, Skah, Achik, El Guerrouj et bien d’autres, cette édition a connu quant à elle le sacre de l’athlète national Abdelaati Iguider avec une médaille de bronze après une excellente prestation à l’épreuve des 1500 mètres.

Cependant notre prestation majeure reste la médaille d’or dans la discipline du dopage. Meriem Alaoui Selsouli, Amine Laalou et Abderrahim Goumri ont récolté une exclusion nette de la part du comité olympique. Aziz Ouhadi a lui aussi était exclu pour refus de coopération lors du contrôle … Je vous laisse spéculer sur la raison.

Jetons un regard sur notre classement au sein du tableau final des médailles : nous sommes les 79ème, avec 75 sportifs dans 12 différentes disciplines. Nous tenons et de loin le premier prix de l’inefficacité sportive en comparaison avec les autres pays qui ont eux aussi décroché une unique médaille de bronze.

Mais qui en est le responsable, dira-t-on encore une fois ? Les chaines marocaines et arabes continuent de crier leur fameuse formule de participation décevante, qu’il faut faire évoluer le sport, qu’il faut y investir en temps, en ressources humaines et en argent, qu’il faut encourager les jeunes prodiges, qu’on n’a pas de stratégie à moyen et long terme adaptée pour décrocher les médailles … etc. Le même discours qu’on entend depuis une décennie. Depuis les choses ne font qu’empirer.

Comment voulez-vous faire évoluer le sport national lorsqu’on entend les déclarations de ses responsables. À titre d’exemple, le directeur technique de la boxe, interrogé par sur l’évaluation de la participation de la boxe marocaine aux JO, a répondu que la Fédération a atteint largement les objectifs tracés. Le président de la Fédération de cyclisme est allé un peu plus loin en affirmant qu’Adil Jeloul, a fait mieux que le récent vainqueur du Tour de France ! Le Football a connu lui aussi l’échec usuel avec le sélectionneur Verbeek qui se dit satisfait de la participation marocain. Quand on a l’affaire Gerets pour modèle, on peut être aussi effronté sans remords.

Cela était bien prévisible. Avec des fédérations où les présidents sont quasi éternels et nommés par des méthodes sournoises, c’est la gestion et l’organisation qui en prennent de sacrés coups. Notre unique espoir devient alors des talents qui font l’exception par leur travail et acharnement, mais quand on parle d’exception, on parle de nombre bien réduit, encore faut-il que ces derniers ne soient pas « poussés » à se doper. Bref, quand l’esprit de responsabilité manque et que l’on est dans un pays où les rouages de décision sont bien inextricables, ne nous attendons guère à faire partie du panthéon des champions.

mardi 7 août 2012

La faillite de l'enseignement public



"On ne peut plus continuer avec la logique du tout gratuit à l'enseignement supérieur du Maroc ". C’étaient les déclarations de Lahcen Daoudi, ministre de l'enseignement supérieur au Maroc. Pour étaler plus de détails, ce dernier avait affirmé que "les plus aisés devraient contribuer au financement de leurs études puisqu'elles sont très coûteuses pour l'état". Le ministre n’a pas cessé depuis de  de retirer et de réaffirmer ses propos dont on aura un avant-goût avec la prochaine loi de finances … L’adoption de ces mesures risque d'en finir une fois pour toute avec l'enseignement public agonisant depuis des décennies.

Autrefois, Hassan II avait affirmé dans une interview accordée à Jean Daniel qu'il ne voulait pas instruire son peuple, parce que ceux instruits sont devenus des opposants de son régime. Pis encore, après les émeutes de 1965, il s'est adressé au peuple en disant : " Vous les pseudos-cultivés, si seulement vous étiez des ignorants ". 

Ces déclarations se sont transformées en des politiques désastreuses de l'enseignement visant à tuer l'éducation marocaine dans l'œuf. Le taux d'analphabétisme bien élevé a quasiment stagné durant trente ans, les écoles publiques ont vu leurs effectifs augmenter et la qualité des enseignements a drastiquement baissé, s’ajoute à cela une arabisation hasardeuse et bâclée des programmes suivie d'un encouragement excessif de l'enseignement privé au détriment de l’étatique. Ce sont les titres phares du règne d’Hassan II, un roi cultivé qui a consolidé l’ignorance de son peuple pour prévenir son éveil à l’égard de son despotisme.

Avec l'avènement de Mohamed VI, les choses ne se sont guère améliorées. Le taux d'analphabétisme dépasse encore 40% de la population. L'enseignement public souffre des multiples grèves des enseignants, grèves où les demandes sont souvent matérielles et négligent l'essence de l'éducation publique et son essor. Les programmes désuets et le surnombre des effectifs ne font qu'empirer la situation. C’est ce qui pousse maints foyers à opter pour un enseignement privé de qualité, tandis que les plus défavorisés n'ont guère le choix.

Un lycéen sur deux devient bachelier selon les statistiques officielles. La plus grande partie intégrera des facultés. Une minorité se dispersera sur des écoles de commerce, des écoles d'ingénieurs ou choisira une carrière de médecin. Ces voies constituent un ascenseur social pour les fils du peuple qui se sont démarqués lors de leur cursus estudiantin. Le coût de l'enseignement supérieur se résume dès lors à des frais d'inscription, d'internat et de restauration. Du moins jusqu'à ce que le ministre ne fasse ses déclarations et son intention d'intégrer ces décisions dans la prochaine loi de finances.

Le ministre El Ouafa a annoncé il y a quelques jours l’échec cuisant du plan d’urgence de l’éducation et de la formation. Un plan avec une enveloppe budgétaire de 3,3 milliards de DH. Une feuille de route bâclée et adoptée hâtivement qui n’a servi qu’à gaspiller l’argent du contribuable. Pour calmer l’opinion publique, on vous chante que le taux de scolarisation de  la tranche d’âge 12 à 14 ans est passé de 71,3% à 79,1% … Cela veut dire qu’en 2012, un enfant sur cinq appartenant à cette tranche ne fréquente pas l’école. Cela pousse à avoir honte et non à se vanter monsieur le ministre. Cerise sur le gâteau : les programmes et les manuels scolaires seront une énième fois changés afin de « s’adapter » à l’échec du plan cité ci-haut.

Ajoutez à cela un dernier rapport de l’UNESCO qui regorge de statistiques bien effrayantes : Le Cameroun, La Tanzanie et le Bénin nous dépassent en taux de scolarisation des enfants. En plus de cela, on est l’avant dernier pays arabe en taux de réussite au baccalauréat devançant … le Yémen. Le reste des statistiques ne nous lègue que les derniers rangs au sein du monde arabe.

Les seuils d’admissibilité au sein des instituts de l’enseignement supérieur a quant à lui atteint des records durant cette année : 18.30 pour la médecine militaire, 17.27 pour l’ENA et que des 16 à peu près partout. Certains étudiants munis de baccalauréats avec de très bonnes mentions ne sont même pas recevables  pour passer les concours de sélection dans ces instituts … Cela a engendré une grogne parmi les élèves qui se sont regroupée dans « l’union des étudiants le changement du système éducatif » et ont manifesté dans plusieurs villes le 6 Août.

Durant ce temps, notre gouvernement n'a guère trouvé le courage politique de s'attaquer à la corruption et à la gangrène qui touche le pays. Il a vite abandonné la lutte contre la rente et a enterré un projet de taxation des riches. Il continue cependant à louer une monarchie qui détient le pouvoir absolu par une constitution remaniée. Au lieu de mener de sérieuses réformes, on vise à détruire cet ascenseur social de la classe moyenne et des démunis. Des classes qui souffrent d'une baisse du pouvoir d'achat, ajoutez à cela une annulation de la gratuité de l'enseignement supérieur et de probables augmentations à venir et vous menacez directement la paix sociale du pays.

On subventionnera les plus démunis nous dit-on, mais depuis quand les riches fréquentent-ils les facultés publiques ? Les plus aisés envoient leurs fils depuis le primaire au sein d'établissements privés marocains ou français. Ces derniers continuent leurs études supérieures en France ou dans un établissement privé. Ils fuient l'enseignement public, car connu pour sa défaillance. Alors de qui se moque-t-on encore au Maroc ?

Heureusement que l'autodidaxie reste un refuge pour le marocain, jusqu'à ce qu'on la taxe elle aussi.

jeudi 7 juin 2012

Le spectacle de Benkirane



                Pour la première fois à ma connaissance, un chef du gouvernement fait appel aux chaînes publiques et au direct pour s’expliquer sur sa politique et les décisions prises par son gouvernement. Le catalyseur de cette initiative étant la récente hausse des prix du carburant.

                Il faudrait avouer que c’est une initiative à louer : Que l’on soit partisan ou non du gouvernement et de ses décisions, on a attendu le rendez-vous avec impatience. Cela a revigoré l’intérêt du marocain à la chose politique. On recommence à discuter, à critiquer, à argumenter et à suivre les réactions du gouvernement et de l’opposition. Tant mieux, l’intérêt pour la politique a toujours été l’un des préceptes du civisme.

                Venons-en au contenu. Un blâme est à adresser en premier lieu aux journalistes. Leur prestation était fade et ils ont été facilement dépassés par Benkirane. Les questions posées étaient rares, sans pertinence et annoncées avec une telle lassitude … À un certain moment, on commençait même à complimenter et à cajoler le chef du gouvernement ! C’était une tirade et non une émission politique.

                Comme à l’accoutumée, on a retrouvé Benkirane avec son style incontestable. Après une vulgarisation de la caisse de la compensation et de ses mécanismes, le chef du gouvernement s’est mis dans une scène mythique à annoncer les prix des bananes, tomates et autres légumes au sein d’une région du pays. Cela sera suivi de quelques coups par-ci et par-là pour les journalistes et des spéculations sur l’avenir politique du Maroc. En résumé son discours est un mélange subtil de populisme, d’arguments crus et de cavalcades en dialecte marocain. Une fonte dont le résultat dépend de l’objectif auquel elle reste déployée …
                Le contenu, c’est là où le bât blesse. Benkirane s’est mis encore une fois à chanter la chanson de l’exception marocaine, de printemps arabe avec la nouvelle constitution et de secours de la nation par le souverain. Le discours reflète une confiance « aveugle » dans la monarchie et sa volonté présumée de réforme. Attitude que l’Histoire du Maroc a montré erronée à toutes les occasions. Le deuxième point est un manque sévère de vision à long et à moyen terme. On est loin du discours politique basé sur des statistiques et des prévisions. Les seules statistiques présentées sont celles établies après une telle ou telle étude sur la situation actuelle. Aucun chiffre cité ne concerne une anticipation d’une décision envisagée.

                Il est bon de compter sur la volonté divine, mais il est encore meilleur d’élaborer des plans, d’avoir des programmes bien rodés et de posséder une vision claire pour la durée de son mandat. Ce n’est pas seulement meilleur, c’est une nécessité quand on est le chef du gouvernement. Autre reproche : dans sa méthodologie, Benkirane ne s’attaque pas aux grands chantiers. Si l’on recherche des fonds pour la caisse de l’état, il est nécessaire de récolter les impôts et de réduire les dépenses de l’état. N’empêche que l’on oublie par cela les grands rentiers, les fonctionnaires-fantômes, la taxe sur la richesse délaissée … Durant ces temps de crise, parait-il normal à l’honorable chef du gouvernement que le budget alloué au palais et à son protocole reste si énorme que cela ? Parait-il normal à l’honorable chef du gouvernement que des hauts fonctionnaires puissent encore toucher des primes exorbitantes au détriment du contribuable marocain ?

                Le discours des poches de résistances et de la progression dans le réformisme commence à s’épuiser. Si l’on doit mener une réforme, cette dernière devrait être globale et s’attaquer au fond et à la source du problème que sont les prérogatives de la monarchie, l’étendue du pouvoir du gouvernement et les bonne gens du makhzen. Rester à justifier des décisions prises au détriment des citoyens ne fera que perdre la crédibilité au PJD et le tournera en une risée devant le peuple. Le discours de Benkirane pourrait être utile, pourrait lui servir pour l’instant, pourrait avoir un effet soporifique et divertissant pour le marocain. Mais durant ce temps-là, n’oublions pas que nous aurons raté le printemps arabe et l’occasion de déclencher des réformes bien plus audacieuses qu’une réforme biaisée de la caisse de compensation.

samedi 2 juin 2012

La compensation, le carburant et le marocain


                La nouvelle est annoncée le soir, à quelques heures de son entrée en vigueur : Les prix d’essence et du gasoil  connaitront une augmentation. Vous devrez désormais débourser deux dirhams de plus pour le litre d’essence et un dirham de plus pour le gasoil.

                Jusqu’à présent, la caisse de compensation a joué le rôle de garde-fou pour la grogne sociale en subventionnant le sucre, la farine, le carburant et le butane. Cependant, le coût de ces subventions est bien trop élevé, surtout dans un contexte mondial de crise. L’année dernière, ladite caisse a dévoré la coquette somme de 52 milliards de dirhams. De par sa situation, ce gouffre a toujours sollicité une réforme urgente afin de calibrer ses dépenses, chose que le gouvernement Benkirane affirme entamer dans les prochaines semaines.

                La couleur de cette réforme vient donc d’être annoncée : l’augmentation des prix en sera le pilier apparemment. Najib Boulif, ministre des affaires générales et de la gouvernance a récemment affirmé  que la taxe sur la richesse ne sera pas adoptée. Le prétexte est une « anxiété » vis-à-vis de la fuite des capitaux et des investissements … Argument qui cache l’incapacité totale du gouvernement Benkirane à instaurer cette taxe. Encore faut-il qu’il ait l’autorisation et la bénédiction du vrai centre du pouvoir : la monarchie et ses conseillers.

                Mais si l’on ne peut pas taxer le riche à cause de son pouvoir et de son lobby, si l’on ne peut pas stopper les mastodontes de la rente et qu’on vient de consommer 80% des 32 milliards alloués à la caisse de compensation au titre de cette année, qu’allons-nous faire ?

                La solution est facile, tournons-nous vers l’ « homo pauvrilus », le pauvre. Augmentons les prix et laissons le payer, lui au moins il est impuissant. S’il lance ses griefs, il n’aura qu’à tendre ses bras vers le ciel et prier le divin. C’est la formule conseillée par l’honorable chef du gouvernement en personne. Sérieusement, sachant que 90% des subventions du gasoil vont au transport en commun ou des marchandises, cela induira une hausse des prix des denrées nécessaires au citoyen marocain. Son pouvoir d’achat se verra encore réduit à la quelques semaines du Ramadan, mois où les fluctuations du prix des tomates deviennent le premier souci de millions de marocains. Les chauffeurs des petits et grands taxis se verront eux aussi contraints d’encaisser cette augmentation.

                Délaissons cela et jetons un regard plus profond sur les dédales de cette caisse. L’un des exemples les plus flagrants de son dysfonctionnement est la subvention réservée au butane. Avec la subvention, le marocain débourse 10 dirhams et 41 dirhams pour les bonbonnes de gaz au lieu  de 31 et de 123 dirhams. Cela est parfait me diriez-vous, mais seulement jusqu’à ce qu’on sache que 82% de ces subventions vont nécessairement aux entreprises et aux riches. Certains ont délaissé l’usage du propane non subventionné au profit du butane. Avec le montant énorme de la subvention, vous pouvez imaginer l’augmentation qui résulte sur la marge du gain.

                Bref, ne nous étonnons guère. Car comment pourrait-on demander à un gouvernement qui échoue lamentablement dans l’affaire des cahiers des charges et qui se rétracte à publier la liste des grands rentiers du Maroc d’instaurer une taxe sur la richesse et de réformer courageusement ce système de compensation ? D’ici-là, l’ « homo pauvrilus » continuera à encaisser … jusqu’à un jour.

samedi 26 mai 2012

Maroc, pays de l’absurdité et de l’impunité




            On ne cessera jamais de le répéter assez, notre pays est une exception. Nous savons nous détacher du lot quand il s’agit du ridicule et de paradoxes flagrants. Notre quotidien est constamment ponctué par des faits plus surprenants les uns que les autres, où chacun de nous peine à trouver de la cohérence et de la logique pour en expliquer les péripéties.

            J’avais écrit un billet l’année dernière portant sur la cérémonie d’allégeance et ses fameux rites. Depuis, on a eu droit à une perfection de ces pratiques : Durant la récente nomination des walis, on a eu droit à des prouesses dignes des plus souples des colonnes vertébrales. Ces actes de soumission et de sujétion datant du moyen-âge ont lieu dans le pays du TGV et du Morocco Mall … Mais si l’acte de se prosterner peut étonner, attendez-vous aux réponses qui s’ensuivirent !

            Notre cher Zemzemi, mufti spécialiste en sexologie et perversion a profité de l’occasion pour défendre ces actes et affirmer qu’ils expriment un certain « respect historique à la monarchie » … et que toute personne critiquant cela devrait se mêler de ses propres affaires à l’instar de Rissouni. Cher Zemzemi, on est bien obligés de supporter vos inepties sous le couvert de la liberté d’expression, mais vos propos commencent à sérieusement nous agacer tellement le taux de leur débilité est élevé. Ce qui fait plus mal que l’absurdité, c’est la justification de l’absurde.

            Mais si l’absurde peut prendre la forme de propos, rien ne l’empêche de revêtir celle de mutisme. Mutisme que l’on retrouve chez notre cher gouvernement. Selon les préceptes de l’Islam, la prosternation n’est autorisée que pour le divin et reste prohibée pour l’humain. Où en est alors la langue de Benkirane et ses compagnons ? Où est la commanderie des croyants et la sage gouvernance qu’ils ne cessent de nous crier au parlement ? Le PJD se déclare comme parti à référence islamique, et maintenant qu’ils sont aux rênes leurs principes se sont soudainement évaporés ! À titre d’exemple, je me rappelle du monologue de Hakkaoui à propos de Mawazine l’année dernière où elle traitait un des spectacles programmés de « pornographie » durant sa diatribe. Tout cela s’est évaporé apparemment pour laisser place à Benkirane affirmant que « Mawazine a son public ».
           
            Continuons de parler de Mawazine tant qu’on y est, j’étais contre l’annulation du festival et je le reste encore. Cependant, ce dernier a connu un fait bien surprenant qui met en exergue l’impunité marocaine : le préfet de la police de rabat a été tabassé par deux jeunes spectateurs devant le public, après des coups de fils, nos deux « fils à papa » ont retrouvé leur liberté.

            La police, organe censé faire régner l’ordre et la sûreté retrouve son préfet tabassé et les coupables s’en tirent indemnes, cela ne peut se produire qu’au Maroc. Mais quand il s’agit d’un rappeur, fils du peuple nommé El Haqed, il suffit de lui coller un an de prison ferme pour avoir « manqué de respect » à la police via ses paroles et se chansons ! Entre des paroles de rap et une raclée encaissée par le préfet en plein public, où se situe le manque de respect ?

            Comble de l’ironie encore une fois : lors d’un sit-in de solidarité avec le préfet Moufid, des activistes ont été violemment dispersés … par des policiers. Allez comprendre !

            Le constat est clair encore une fois : le Maroc reste le pays de l’absurdité et de l’impunité, l’état de droit et d’équité ne reste qu’un rêve dans le plus beau pays du monde.
 

dimanche 13 mai 2012

Viole-moi, futur époux


                Il y a quelques mois, Amina El Filali, une jeune fille âgée de 16 ans native de Larache s’était donnée la mort après avoir été forcée d’épouser son violeur. Aujourd’hui, c’est Safae, tangéroise de 14 ans qui a été mariée contre son gré à son violeur par un juge. Cerise sur le gâteau : ce mariage est parfaitement légal selon l’article 475 du code pénal marocain qui garantit l’immunité au violeur tant que le mariage n’est pas annulé !

                Les us marocains offrent un piédestal à la notion d’honneur et de virginité, notions dont les corrélations diffèrent d’un milieu à un autre. Cependant, cela ne peut justifier en aucun cas le recours à des mariages forcés pour cacher « la honte ». Les sanctions pénales ont pour dessein de rectifier les dérapages qui émanent des individus vis-à-vis du contrat social qui nous lie. Mais donner au violeur le subterfuge du mariage avec sa victime devient alors une aberration à l’encontre de la victime, de sa famille et de la société.

                Le tort revient unanimement au violeur qui doit être châtié pour la débauche de sa virilité. Comment peut-on le marier à une fille qui a été violée à un âge où son corps continue de croître ? Le mariage précoce est fortement condamnable, que dira-t-on du mariage précoce et forcé à son violeur ? L’article 475 condamne, oui, mais il condamne la victime et non le bourreau. 

                La société marocaine est amenée à évoluer et à dépasser ses coutumes rétrogrades qui offrent un refuge aux pervers. Sous le couvert du silence et de l’honneur, plusieurs viols et cas de pédophilie sont perpétrés, le coupable tire profit de cette situation pour récidiver encore et encore. Le nombre des victimes augmente, les séquelles physiques guérissent tandis que les psychiques persévèrent et deviennent une obsession chez les victimes.

                Nous devons dépasser les justifications futiles et changer cet article. L’heure n’est guère aux justifications religieuses ou conservatrices. Pensons à ces victimes, au tort qu’on leur fait subir en aggravant le viol par le mariage forcé. De cette façon, la société devient complice du violeur, gratifie son acte et encourage d’autres à suivre son modèle. Merci la loi !

                La ministre Hakkaoui avait appelé à lancer un dialogue national sur cette affaire, si abolir cette aberration du code pénal devra attendre une décennie, alors restons les bras croisés à dénigrer et à condamner ces actes. On connait Safae, on connaissait Amina, mais on ne connait pas les centaines d’autres marocaines qui subissent le même sort et gardent leur mutisme.  La doxa marocaine constitue une épée de Damoclès pour la victime et sa famille, ne donnons pas cette épée au violeur, mais enlevons-là avec notre mobilisation. Ne permettez pas aux violeurs de devenir les futurs époux de leurs victimes. Sauvez Safae !

samedi 12 mai 2012

Elkhelfi et ses frères les épouvantails



                J’avais écrit il y a quelques jours un article traitant de l’affaire des cahiers des charges d’Elkhelfi. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts et bien des péripéties se sont déroulées. La tournure des événements a pris des tournants drastiques.

                Benkirane et son ministre de la communication ont « discuté » avec le roi à propos de ces cahiers des charges. Ils ont déclaré que la discussion était fructueuse et que le roi appuyait leur volonté de réformer les médias publics. De belles paroles. Juste après, on a entendu Benkirane affirmer que « les appels à la prière ont leur place à la mosquée et non aux chaines télévisées », les cahiers des charges ont été ensuite confiés à une commission présidée par ministre de l’habitat et retirés à Elkhelfi – l’exception marocaine a frappé encore une fois - et les anciens cahiers ont été maintenus en vigueur. Et pour clore le spectacle, le président de la HACA ayant validé les cahiers des charges a été royalement retiré de son poste.

                On est loin de la vigueur avec laquelle Elkhelfi défendait ses cahiers des charges, on est bien loin de sa menace de démission. De cela, on est passé à des déclarations où il mettait de l’eau dans son vin en affirmant que les cahiers appartenaient à tous les marocains et qu’ils comprenaient des clauses sujette à modification … Ce qui m’intrigue dans cette affaire c’est la célérité avec laquelle le ministre a délaissé sa dignité, celui qui criait avec colère que le peuple l’avait choisi pour réformer les médias publics.

                Si l’on était dans un pays où les ministres avaient du courage politique et savaient garder leur dignité, Elkhelfi aurait déposé sa démission. Mais au contraire, on se met à justifier l’injustifiable, à atténuer les discours et à diluer les vérités. Cette affaire était devenue pour l’opposition un régal où chaque député s’amusait à puiser dans la langue de bois pour fustiger « les dérapages du gouvernement » et sa négligence de « l’approche participative ».

                Les premières séquelles d’affrontement avec les centres du pouvoir ont démontré une lâcheté inexorable de la part du gouvernement mené par le PJD. Au lieu de continuer avec le leitmotiv de « bâtir et réformer ensemble, gouvernement et monarchie », vous devriez avoir le courage de dénoncer les obstacles qui vous sont dressés au lieu de cajoler le palais et son entourage.

                Le constat s’affirme pour la énième fois : les rouages du pouvoir et des centres de décisions sont biaisés. Le régent demeure le roi, avec un gouvernement composé de ses conseillers. Tandis que le gouvernement Benkirane ne constitue qu’une mascarade servant à encaisser les critiques du peuple, des épouvantails qui ne font qu’accentuer le caractère « salvateur » de la monarchie absolue. Les épouvantails deviennent adeptes de la rente et de la mascarade jusqu’à ce qu’un vent « saint » les emporte pour ramener de nouveaux pantins. Tout cela sous le couvert d’une nouvelle constitution étriquée de tous les côtés et sous les chants de « la lutte contre la corruption ».

                Comment pourrait-on attendre d’un tel gouvernement qui délaisse ses cahiers de charge d’une manière si lamentable, qui s’effrite si majestueusement et d’une manière si lâche la résolution de problèmes si sérieux que le chômage, la crise économique et la pauvreté ? J’ai défendu Elkhelfi lorsqu’il défendait sa cause et ses prérogatives, mais je ne peux que le blâmer pour cette fin misérable, la fin d’un épouvantail !