mardi 23 octobre 2012

Notre parlement, cette mascarade



            Dans les pays où la démocratie est le mot d’ordre, le parlement constitue l’organe du pouvoir législatif. De par sa composition, il comporte des élus représentant les citoyens des différentes régions du pays. Grâce à une structure de fonctionnement bien spécifique à chaque état, il permet de ponctuer la vie citoyenne de lois selon la demande et de contrôler les actions du gouvernement.

            Étant donné que le Maroc constitue une « exception démocratique » exemplaire, le modèle universel ne pouvait guère nous être adapté  et il fallait ainsi le personnaliser et le rendre plus … marocain.

            Premier constat de cette adaptation, la chambre des conseillers en son état actuel est anticonstitutionnelle. Son mandat a été prolongé jusqu’à fin 2013. 90 membres verront ainsi leur mandat se terminer avec la fin du mois d’octobre 2012. Cependant, le mandat a été prolongé sous prétexte du report des élections communales et afin de participer à l’élaboration  des lois organiques de la nouvelle constitution. Les conseillers auraient mené des pressions afin de maintenir  leur statut de « représentants » le plus longtemps possible, surtout lorsqu’on sait que la deuxième chambre a vu le nombre de ses membres drastiquement réduit à 120 membres au maximum. L’aspect de légitimité et le caractère constitutionnel de cette situation reste bien inextricable. 

            Délaissons cet angle là et attelons-nous au travail saisonnier de notre instance bicamérale. À chaque session, des images insolites nous parviennent de cet édifice : des députés qui confondent leurs chambres à coucher avec le parlement, tandis que certains somnolent et d’autres bavent dans notre agora marocaine. D’autres encore plus nombreux auront choisi de ne pas assister tout simplement. Certaines sessions se retrouvant ainsi avec quelques dizaines de représentants éparpillés dans la vaste salle.

            La qualité des interventions quant à elle laisse souvent à désirer. L’élocution et le contenu sont souvent absents : entre un député grommelant un texte écrit avec des fautes dans chaque phrase ou une diatribe criée avec toute sa force pour illustrer sa « ferveur » lorsqu’il se retrouve filmé, l’essence et la noblesse du travail législatif se perdent. Le parlement n’affiche complet que lors de son ouverture, lorsque nos chers représentants viennent avec leur fameux habit traditionnel écouter les directives royales. Une scène que les marocains ont pris pour un rituel dont ils se moquent ouvertement.

            Avec ce piètre produit législatif et ces comportements indignes des représentants des citoyens, nos chers représentants n’hésitent guère à défendre voracement leurs avantages. Avec un salaire bien touffu, ils exigent des allocations de plus pour « encourager leur présence » et demandent qu’on lègue leur salaire de parlementaire à leurs famille après leur décès … Sans oublier leur raid honteux et synchronisé sur le buffet de l’ouverture de la session d’octobre, une scène bien désolante qui illustre une mascarade qu’on appelle le parlement marocain.

lundi 1 octobre 2012

La jeunesse marocaine, une descente aux enfers




            Autant vous l’annoncer dès le début : la situation est critique, alarmante et désolante. Si la situation de l’éducation est bien sinistre,  qu’en sera-t-il de la culture ? Strate bien supérieure qui suppose une éducation en bonne et due forme. Surtout si l’on sait que statistiques à l’appui, le dernier rapport de l’UNESCO démontre que parmi 100 marocains, 13 seulement décrocheront le baccalauréat.

            Avant de décrocher le fameux sésame, l’élève marocain aura parcouru les différentes étapes d’un enseignement public bien délabré. Un périple au sein des établissements marocains où l’enseignant a perdu son statut et son aura de jadis et que les plus chanceux auront pu éviter en ayant recours à l’enseignement privé. Encore faut-il qu’il soit de qualité. Bachelier donc, l’étudiant marocain cherche refuge dans un établissement de l’enseignement supérieur.

            Durant cette quête du savoir, ou plutôt du diplôme, les acquis culturels restent à prouver. Le souci principal de l’étudiant reste de réussir ses années grâce à des validations successives de modules qui se soldent par décrocher un carton où votre nom est inscrit à côté de votre établissement. Un souci qui devient une obsession motivée non pas par l’ambition, mais par la peur. La peur de l’échec.

            Délaissons ce périple d’Ulysse et revenons à un autre rapport de l’UNESCO qui décèle un chiffre reflétant l’amère réalité : au monde arabe, l’individu lit 6 minutes … par an ! La moyenne en Europe est de 36 heures. Tout est dit. Si la jeunesse marocaine d’autrefois était avide de lecture, rythmait ses activités à coups de débats, de cafés littéraires, de pièces de théâtre ou de productions intellectuelles, celle d’aujourd’hui a trouvé refuge autre part. Les pionniers d’hier étaient Laroui, Eljabiri, Laâbi, Elmandjra … Leurs productions étaient discutées avec vaillance et ardeur. La jeunesse aspirait au changement, au savoir et à l’épanouissement.

            Ce n’est plus le cas aujourd’hui. C’est la génération d’émissions de télé-réalité plus sottes les unes que les autres. Les débats et face-à-face intellectuels puisant dans la diversité et la richesse d’opinions ont laissé la place à de jeunes starlettes emprisonnées dans un espace décoré avec la tendance la nec plus ultra. Des milliers de jeunes à travers le monde suivent les péripéties transmises en direct sur les satellites : Karima sait bien chanter, Ahmed drague Yasmina, Jomana a la voix cassée, Haitham est adorable et autres niaiseries. D’une émission à une autre, le concept se répète et les figures défilent chaque année. Des compétitions de chant, de dance, d’aventure, de gastronomie, de mode … et la liste est longue.

            D’autres choisissent le football. Si la pratique du sport est bien louable pour le corps et l’esprit, son addiction est une calamité. L’addiction non de sa pratique, mais de Messi, du Real et du Barça. Leurs rencontres sont devenues l’événement phare des week-ends pour la junte masculine. Les dribles de Messi et ses buts sont devenus légende, la coupe de cheveux de Cristiano s’est hissée quant à elle au rang de l’effigie d’une génération. Les transferts du Mercato, leurs chiffres et leurs détails sont inscrits dans la bible des jeunes aficionados du ballon. La vidéo d’un jeune enfant surnommé désormais « le Prasson » et ayant fait le tour de la toile vous en donnera un avant-goût.

            Quand les régents du Maroc décident de promouvoir la culture, leur approche a une épine dorsale bien originale : les festivals. À entendre festival à la marocaine, attendez-vous à un petit espace VIP réservé pour l’élite, le reste de l’espace étant réservé à la plèbe que nous sommes. L’approche avec laquelle ces festivals sont organisés consacre en premier lieu une atmosphère de folklore et de festivités. L’aspect culturel reste bien délaissé et marginalisé sauf exception. Ces festivals sont devenus des « attire-jeunes » remplissant sournoisement une fonction de catharsis salvatrice pour cette jeunesse déboussolée.

            Remettons le cap sur les facultés marocaines. Surchargées, délabrées et dépassées. Elles sont devenues les lices de factions idéologiques attardées et extrémistes : le chauvinisme, fanatisme religieux et sectarisme adopté par des jeunes qui se regroupent dans des factions alimentent des scènes où l’universitaire se prend pour un guérillero. Les armes blanches et les gourdins sont le mot d’ordre, maints étudiants sont sortis avec de graves séquelles physiques et psychiques à l’issue de ces « épopées ». Quant aux cités universitaires elles sont désormais confondues avec les lupanars : La destinée de Nana narrée par Zola est devenue le mode de vie de plusieurs jeunes filles. Si la nuit porte conseil pour certaines, elle apporte de l’argent facile pour d’autres.

            Celles qu’on dénomme grandes écoles d’ingénieurs et de commerce sont devenues des manufactures de simples techniciens dénués de tout sens de critique ou de civisme. Cet ascenseur social qui perd de son efficacité jour après jour annihile ceux qui y entrent. Quand on vous propose la lecture d’Ali Baba et les quarante voleurs dans un club littéraire d’une école d’ingénieurs et quand les semaines culturelles organisées par les étudiants se dissipent petit à petit au profit de soirées DJ, la sonnette d’alarme est à tirer. Les projets d’élite sont ainsi tués dans l’œuf.

            Les conséquences de cette calamiteuse situation sont illustrées par une récente étude du haut-commissariat des plans : 1% des jeunes sont membres d’un parti politique, 4% participent aux rassemblements de partis ou de syndicats, 4% participent à des manifestations ou grèves, 9% font du bénévolat. Ajoutez à cela que plus de la moitié de cette jeunesse partage le toit de ses parents selon la même source. Comment un jeune dans ces conditions peut-il accomplir une indépendance idéelle et construire ses propres convictions ?

            Le portrait est sombre et la lumière au bout du tunnel risque de ne pas apparaitre du jour au lendemain. Cette situation peut être extrapolée à plusieurs pays arabes et africains avec quelques contrastes. Cependant, la chance qu’on possède, c’est d’exister durant l’ère de l’information. La connaissance est accessible à bout de clics, faut-il encore prendre la peine de la chercher. Munissons-nous de l’autodidaxie, d’une lucidité d’esprit et d’une vaillance de jeunes. Bref, « savoir, c’est pouvoir » disait Francis Bacon.

jeudi 27 septembre 2012

Notre gouvernement, cette risée


            Cela fait neuf mois que le gouvernement Benkirane s’est vu nommé par le roi. Neuf mois durant lesquels la scène politique a connu maintes péripéties puisant dans la confusion, le délire, voire dans le ridicule. Neuf mois où l’on introduisait chaque discours politique par une ode à l’exception marocaine, à sa présumée stabilité économique en comparaison avec la Grèce ou l’Espagne. Neuf mois où nos tympans ont mémorisé les louanges à l’égard de la monarchie et sa volonté sincère de « réforme ».

            Notre cher gouvernement, porteur de slogans bien forts et puissants dans les vents du printemps arabe, a dû se retrancher face à son premier chantier : les cahiers des charges des médias publics. Un échec cuisant pour un ministre de communication calmé aussitôt par « la volonté royale ». Cette défaite honteuse a été diluée dans plusieurs déclarations et mesures qui ne cessent de nous étonner. Lesdits cahiers sont encore en phase de gestation … Si l’on a besoin de plus de neuf mois pour adopter de simples cahiers des charges, que dira-t-on du reste ?

            À ce rythme, les 19 lois organiques devant accompagner la nouvelle constitution ne verront le jour que dans une éternité. La nouvelle constitution consacre le pouvoir royal et verrouille les marges de liberté, mais grâce à Benkirane et à son dévouement aveugle pour le trône alaouite, les prérogatives du chef du gouvernement consacrées par la constitution sont aisément bafouées et dépassées. Le dernier épisode est celui de l’ordre royal d’enclencher une enquête portant sur les comportements frauduleux de la gendarmerie aux frontières. Sans que le chef du gouvernement ne soit avisé. Confiance dans « la bonne volonté » royale nous affirme-t-on. Sommes-nous dans un conte de fées ou dans un état balbutiant sur les voies de la réforme ?

            Jetons un regard sur les réformes entreprises par notre gouvernement : une publication des listes des agréments de transport effectuée par Rabbah sous l’emblème de la transparence. Un acte qui s’est mué en diffamation puisqu’il n’a été suivi d’aucune réforme sérieuse du secteur rentier. Une promesse de publier la liste des agréments de l’exploitation des carrières de sable : aucun résultat jusqu’à l’instant. Des « vœux » de taxation des riches qui se sont changés en une élévation des prix des carburants et de facto les coûts de transport pour les quidams que nous sommes, autrement on aurait « effrayé » les investisseurs nous confirme Benkirane.

            Ajoutez à cela une volonté de finir avec la gratuité de l’enseignement supérieur, une des découvertes de Lahcen Daoudi pour sauver les caisses de l’état et améliorer la qualité de l’enseignement marocain. Enseignement qui figure dans les derniers rangs mondiaux. Durant ce temps-là, notre autre ministre de l’éducation, s’amuse à lancer des déclarations du genre : « Même Obama n’a pas ce genre d’établissement éducatif … » et autres hérésies qui sont à des années lumières de ce qu’un responsable d’état devrait refléter.

            Notre ministre de la justice est en train de chercher ce qu’est un détenu politique et de mener des discussions rocambolesques pour réformer notre dame justice. Souhaitons-lui bonne chance dans son treizième travail d’Hercule. Cerise sur le gâteau, une manifestation de la jeunesse du PJD a été interdite à la dernière minute à Tanger, un événement où le chef du gouvernement devait donner un discours. Félicitations à toutes et à tous, notre gouvernement est une risée.

lundi 13 août 2012

Les médailles sont ailleurs



75 sportifs marocains, 128 millions de dirhams, un tollé médiatique avant le départ, des stars du dopage et … une seule et unique médaille de bronze. C’est le bilan du Maroc au sein de la 30ème édition des jeux olympiques d’été organisée à Londres et qui vient tout juste de prendre fin.

Les jeux olympiques de cet été étaient splendides, l’organisation était parfaite, l’infrastructure éblouissante et les performances historiques. Si le Maroc a su se démarquer durant les précédentes éditions avec des champions tels Aouita, El Moutawakkil, Boutayeb, Skah, Achik, El Guerrouj et bien d’autres, cette édition a connu quant à elle le sacre de l’athlète national Abdelaati Iguider avec une médaille de bronze après une excellente prestation à l’épreuve des 1500 mètres.

Cependant notre prestation majeure reste la médaille d’or dans la discipline du dopage. Meriem Alaoui Selsouli, Amine Laalou et Abderrahim Goumri ont récolté une exclusion nette de la part du comité olympique. Aziz Ouhadi a lui aussi était exclu pour refus de coopération lors du contrôle … Je vous laisse spéculer sur la raison.

Jetons un regard sur notre classement au sein du tableau final des médailles : nous sommes les 79ème, avec 75 sportifs dans 12 différentes disciplines. Nous tenons et de loin le premier prix de l’inefficacité sportive en comparaison avec les autres pays qui ont eux aussi décroché une unique médaille de bronze.

Mais qui en est le responsable, dira-t-on encore une fois ? Les chaines marocaines et arabes continuent de crier leur fameuse formule de participation décevante, qu’il faut faire évoluer le sport, qu’il faut y investir en temps, en ressources humaines et en argent, qu’il faut encourager les jeunes prodiges, qu’on n’a pas de stratégie à moyen et long terme adaptée pour décrocher les médailles … etc. Le même discours qu’on entend depuis une décennie. Depuis les choses ne font qu’empirer.

Comment voulez-vous faire évoluer le sport national lorsqu’on entend les déclarations de ses responsables. À titre d’exemple, le directeur technique de la boxe, interrogé par sur l’évaluation de la participation de la boxe marocaine aux JO, a répondu que la Fédération a atteint largement les objectifs tracés. Le président de la Fédération de cyclisme est allé un peu plus loin en affirmant qu’Adil Jeloul, a fait mieux que le récent vainqueur du Tour de France ! Le Football a connu lui aussi l’échec usuel avec le sélectionneur Verbeek qui se dit satisfait de la participation marocain. Quand on a l’affaire Gerets pour modèle, on peut être aussi effronté sans remords.

Cela était bien prévisible. Avec des fédérations où les présidents sont quasi éternels et nommés par des méthodes sournoises, c’est la gestion et l’organisation qui en prennent de sacrés coups. Notre unique espoir devient alors des talents qui font l’exception par leur travail et acharnement, mais quand on parle d’exception, on parle de nombre bien réduit, encore faut-il que ces derniers ne soient pas « poussés » à se doper. Bref, quand l’esprit de responsabilité manque et que l’on est dans un pays où les rouages de décision sont bien inextricables, ne nous attendons guère à faire partie du panthéon des champions.

mardi 7 août 2012

La faillite de l'enseignement public



"On ne peut plus continuer avec la logique du tout gratuit à l'enseignement supérieur du Maroc ". C’étaient les déclarations de Lahcen Daoudi, ministre de l'enseignement supérieur au Maroc. Pour étaler plus de détails, ce dernier avait affirmé que "les plus aisés devraient contribuer au financement de leurs études puisqu'elles sont très coûteuses pour l'état". Le ministre n’a pas cessé depuis de  de retirer et de réaffirmer ses propos dont on aura un avant-goût avec la prochaine loi de finances … L’adoption de ces mesures risque d'en finir une fois pour toute avec l'enseignement public agonisant depuis des décennies.

Autrefois, Hassan II avait affirmé dans une interview accordée à Jean Daniel qu'il ne voulait pas instruire son peuple, parce que ceux instruits sont devenus des opposants de son régime. Pis encore, après les émeutes de 1965, il s'est adressé au peuple en disant : " Vous les pseudos-cultivés, si seulement vous étiez des ignorants ". 

Ces déclarations se sont transformées en des politiques désastreuses de l'enseignement visant à tuer l'éducation marocaine dans l'œuf. Le taux d'analphabétisme bien élevé a quasiment stagné durant trente ans, les écoles publiques ont vu leurs effectifs augmenter et la qualité des enseignements a drastiquement baissé, s’ajoute à cela une arabisation hasardeuse et bâclée des programmes suivie d'un encouragement excessif de l'enseignement privé au détriment de l’étatique. Ce sont les titres phares du règne d’Hassan II, un roi cultivé qui a consolidé l’ignorance de son peuple pour prévenir son éveil à l’égard de son despotisme.

Avec l'avènement de Mohamed VI, les choses ne se sont guère améliorées. Le taux d'analphabétisme dépasse encore 40% de la population. L'enseignement public souffre des multiples grèves des enseignants, grèves où les demandes sont souvent matérielles et négligent l'essence de l'éducation publique et son essor. Les programmes désuets et le surnombre des effectifs ne font qu'empirer la situation. C’est ce qui pousse maints foyers à opter pour un enseignement privé de qualité, tandis que les plus défavorisés n'ont guère le choix.

Un lycéen sur deux devient bachelier selon les statistiques officielles. La plus grande partie intégrera des facultés. Une minorité se dispersera sur des écoles de commerce, des écoles d'ingénieurs ou choisira une carrière de médecin. Ces voies constituent un ascenseur social pour les fils du peuple qui se sont démarqués lors de leur cursus estudiantin. Le coût de l'enseignement supérieur se résume dès lors à des frais d'inscription, d'internat et de restauration. Du moins jusqu'à ce que le ministre ne fasse ses déclarations et son intention d'intégrer ces décisions dans la prochaine loi de finances.

Le ministre El Ouafa a annoncé il y a quelques jours l’échec cuisant du plan d’urgence de l’éducation et de la formation. Un plan avec une enveloppe budgétaire de 3,3 milliards de DH. Une feuille de route bâclée et adoptée hâtivement qui n’a servi qu’à gaspiller l’argent du contribuable. Pour calmer l’opinion publique, on vous chante que le taux de scolarisation de  la tranche d’âge 12 à 14 ans est passé de 71,3% à 79,1% … Cela veut dire qu’en 2012, un enfant sur cinq appartenant à cette tranche ne fréquente pas l’école. Cela pousse à avoir honte et non à se vanter monsieur le ministre. Cerise sur le gâteau : les programmes et les manuels scolaires seront une énième fois changés afin de « s’adapter » à l’échec du plan cité ci-haut.

Ajoutez à cela un dernier rapport de l’UNESCO qui regorge de statistiques bien effrayantes : Le Cameroun, La Tanzanie et le Bénin nous dépassent en taux de scolarisation des enfants. En plus de cela, on est l’avant dernier pays arabe en taux de réussite au baccalauréat devançant … le Yémen. Le reste des statistiques ne nous lègue que les derniers rangs au sein du monde arabe.

Les seuils d’admissibilité au sein des instituts de l’enseignement supérieur a quant à lui atteint des records durant cette année : 18.30 pour la médecine militaire, 17.27 pour l’ENA et que des 16 à peu près partout. Certains étudiants munis de baccalauréats avec de très bonnes mentions ne sont même pas recevables  pour passer les concours de sélection dans ces instituts … Cela a engendré une grogne parmi les élèves qui se sont regroupée dans « l’union des étudiants le changement du système éducatif » et ont manifesté dans plusieurs villes le 6 Août.

Durant ce temps, notre gouvernement n'a guère trouvé le courage politique de s'attaquer à la corruption et à la gangrène qui touche le pays. Il a vite abandonné la lutte contre la rente et a enterré un projet de taxation des riches. Il continue cependant à louer une monarchie qui détient le pouvoir absolu par une constitution remaniée. Au lieu de mener de sérieuses réformes, on vise à détruire cet ascenseur social de la classe moyenne et des démunis. Des classes qui souffrent d'une baisse du pouvoir d'achat, ajoutez à cela une annulation de la gratuité de l'enseignement supérieur et de probables augmentations à venir et vous menacez directement la paix sociale du pays.

On subventionnera les plus démunis nous dit-on, mais depuis quand les riches fréquentent-ils les facultés publiques ? Les plus aisés envoient leurs fils depuis le primaire au sein d'établissements privés marocains ou français. Ces derniers continuent leurs études supérieures en France ou dans un établissement privé. Ils fuient l'enseignement public, car connu pour sa défaillance. Alors de qui se moque-t-on encore au Maroc ?

Heureusement que l'autodidaxie reste un refuge pour le marocain, jusqu'à ce qu'on la taxe elle aussi.

jeudi 7 juin 2012

Le spectacle de Benkirane



                Pour la première fois à ma connaissance, un chef du gouvernement fait appel aux chaînes publiques et au direct pour s’expliquer sur sa politique et les décisions prises par son gouvernement. Le catalyseur de cette initiative étant la récente hausse des prix du carburant.

                Il faudrait avouer que c’est une initiative à louer : Que l’on soit partisan ou non du gouvernement et de ses décisions, on a attendu le rendez-vous avec impatience. Cela a revigoré l’intérêt du marocain à la chose politique. On recommence à discuter, à critiquer, à argumenter et à suivre les réactions du gouvernement et de l’opposition. Tant mieux, l’intérêt pour la politique a toujours été l’un des préceptes du civisme.

                Venons-en au contenu. Un blâme est à adresser en premier lieu aux journalistes. Leur prestation était fade et ils ont été facilement dépassés par Benkirane. Les questions posées étaient rares, sans pertinence et annoncées avec une telle lassitude … À un certain moment, on commençait même à complimenter et à cajoler le chef du gouvernement ! C’était une tirade et non une émission politique.

                Comme à l’accoutumée, on a retrouvé Benkirane avec son style incontestable. Après une vulgarisation de la caisse de la compensation et de ses mécanismes, le chef du gouvernement s’est mis dans une scène mythique à annoncer les prix des bananes, tomates et autres légumes au sein d’une région du pays. Cela sera suivi de quelques coups par-ci et par-là pour les journalistes et des spéculations sur l’avenir politique du Maroc. En résumé son discours est un mélange subtil de populisme, d’arguments crus et de cavalcades en dialecte marocain. Une fonte dont le résultat dépend de l’objectif auquel elle reste déployée …
                Le contenu, c’est là où le bât blesse. Benkirane s’est mis encore une fois à chanter la chanson de l’exception marocaine, de printemps arabe avec la nouvelle constitution et de secours de la nation par le souverain. Le discours reflète une confiance « aveugle » dans la monarchie et sa volonté présumée de réforme. Attitude que l’Histoire du Maroc a montré erronée à toutes les occasions. Le deuxième point est un manque sévère de vision à long et à moyen terme. On est loin du discours politique basé sur des statistiques et des prévisions. Les seules statistiques présentées sont celles établies après une telle ou telle étude sur la situation actuelle. Aucun chiffre cité ne concerne une anticipation d’une décision envisagée.

                Il est bon de compter sur la volonté divine, mais il est encore meilleur d’élaborer des plans, d’avoir des programmes bien rodés et de posséder une vision claire pour la durée de son mandat. Ce n’est pas seulement meilleur, c’est une nécessité quand on est le chef du gouvernement. Autre reproche : dans sa méthodologie, Benkirane ne s’attaque pas aux grands chantiers. Si l’on recherche des fonds pour la caisse de l’état, il est nécessaire de récolter les impôts et de réduire les dépenses de l’état. N’empêche que l’on oublie par cela les grands rentiers, les fonctionnaires-fantômes, la taxe sur la richesse délaissée … Durant ces temps de crise, parait-il normal à l’honorable chef du gouvernement que le budget alloué au palais et à son protocole reste si énorme que cela ? Parait-il normal à l’honorable chef du gouvernement que des hauts fonctionnaires puissent encore toucher des primes exorbitantes au détriment du contribuable marocain ?

                Le discours des poches de résistances et de la progression dans le réformisme commence à s’épuiser. Si l’on doit mener une réforme, cette dernière devrait être globale et s’attaquer au fond et à la source du problème que sont les prérogatives de la monarchie, l’étendue du pouvoir du gouvernement et les bonne gens du makhzen. Rester à justifier des décisions prises au détriment des citoyens ne fera que perdre la crédibilité au PJD et le tournera en une risée devant le peuple. Le discours de Benkirane pourrait être utile, pourrait lui servir pour l’instant, pourrait avoir un effet soporifique et divertissant pour le marocain. Mais durant ce temps-là, n’oublions pas que nous aurons raté le printemps arabe et l’occasion de déclencher des réformes bien plus audacieuses qu’une réforme biaisée de la caisse de compensation.

samedi 2 juin 2012

La compensation, le carburant et le marocain


                La nouvelle est annoncée le soir, à quelques heures de son entrée en vigueur : Les prix d’essence et du gasoil  connaitront une augmentation. Vous devrez désormais débourser deux dirhams de plus pour le litre d’essence et un dirham de plus pour le gasoil.

                Jusqu’à présent, la caisse de compensation a joué le rôle de garde-fou pour la grogne sociale en subventionnant le sucre, la farine, le carburant et le butane. Cependant, le coût de ces subventions est bien trop élevé, surtout dans un contexte mondial de crise. L’année dernière, ladite caisse a dévoré la coquette somme de 52 milliards de dirhams. De par sa situation, ce gouffre a toujours sollicité une réforme urgente afin de calibrer ses dépenses, chose que le gouvernement Benkirane affirme entamer dans les prochaines semaines.

                La couleur de cette réforme vient donc d’être annoncée : l’augmentation des prix en sera le pilier apparemment. Najib Boulif, ministre des affaires générales et de la gouvernance a récemment affirmé  que la taxe sur la richesse ne sera pas adoptée. Le prétexte est une « anxiété » vis-à-vis de la fuite des capitaux et des investissements … Argument qui cache l’incapacité totale du gouvernement Benkirane à instaurer cette taxe. Encore faut-il qu’il ait l’autorisation et la bénédiction du vrai centre du pouvoir : la monarchie et ses conseillers.

                Mais si l’on ne peut pas taxer le riche à cause de son pouvoir et de son lobby, si l’on ne peut pas stopper les mastodontes de la rente et qu’on vient de consommer 80% des 32 milliards alloués à la caisse de compensation au titre de cette année, qu’allons-nous faire ?

                La solution est facile, tournons-nous vers l’ « homo pauvrilus », le pauvre. Augmentons les prix et laissons le payer, lui au moins il est impuissant. S’il lance ses griefs, il n’aura qu’à tendre ses bras vers le ciel et prier le divin. C’est la formule conseillée par l’honorable chef du gouvernement en personne. Sérieusement, sachant que 90% des subventions du gasoil vont au transport en commun ou des marchandises, cela induira une hausse des prix des denrées nécessaires au citoyen marocain. Son pouvoir d’achat se verra encore réduit à la quelques semaines du Ramadan, mois où les fluctuations du prix des tomates deviennent le premier souci de millions de marocains. Les chauffeurs des petits et grands taxis se verront eux aussi contraints d’encaisser cette augmentation.

                Délaissons cela et jetons un regard plus profond sur les dédales de cette caisse. L’un des exemples les plus flagrants de son dysfonctionnement est la subvention réservée au butane. Avec la subvention, le marocain débourse 10 dirhams et 41 dirhams pour les bonbonnes de gaz au lieu  de 31 et de 123 dirhams. Cela est parfait me diriez-vous, mais seulement jusqu’à ce qu’on sache que 82% de ces subventions vont nécessairement aux entreprises et aux riches. Certains ont délaissé l’usage du propane non subventionné au profit du butane. Avec le montant énorme de la subvention, vous pouvez imaginer l’augmentation qui résulte sur la marge du gain.

                Bref, ne nous étonnons guère. Car comment pourrait-on demander à un gouvernement qui échoue lamentablement dans l’affaire des cahiers des charges et qui se rétracte à publier la liste des grands rentiers du Maroc d’instaurer une taxe sur la richesse et de réformer courageusement ce système de compensation ? D’ici-là, l’ « homo pauvrilus » continuera à encaisser … jusqu’à un jour.